"J'aurais voulu écrire un livre sur rien". Ce parieur. Un folichon avéré ce Flaubert. Atque, ego narro. Le dialecte latin est l'éminence de la cognition. Bon, je cesse. Parler dans un langage qui n'est pas le mien est comme sauter à parachute sans croire en Dieu. On nous a conseillé d'écrire. De beaucoup écrire. C'est con, parce que je n'ai pas eu philo, et le cours de philo est de loin le plus interessant de la semaine. "Parce que Descartes, lui, il rêvait en latin, bande de chiens." Prochaine étape: le rêve en latin. Mais non, mauvaise idée, je serais tentée de rêver à de mauvaises choses. Par exemple: et si on étranglait ces demeurées qui ne comprennent toujours pas ce qu'est un putain de COD en latin. ET en français. Et si on tuait par derrière ces idiotes qui te chantent de la variété pour minettes dégénérées quand tu ne rêves que de te coucher. Et si on allait vomir ce trop plein d'anxiété, cet excès de café trop sucré, cette accumulation de vitamines C, ce surplus de fatigue. Si seulement on pouvait vomir la fatigue. Mon petit monde, mon petit cosmos si bien organisé en théorie, par nature, est tout d'un coup devenu chaos. Le monde où je savais écrire, penser, théoriser, argumenter a muté. Maintenant je ne sais pas écrire, je pense en surface, je théorise comme une STG, et j'argumente comme une vendeuse de fromage reconstitué. In the fucking TWINKLING of an eye.
Je pense à un tas de choses. Un nombre effrayant de choses. Bizarrement, je m'en fais moins pour les études. Je devrais être angoissée. C'est l'inverse, je travaille juste sans me poser de questions. Ca va plus vite comme ça.
Mais philosophons. Je décide de philosopher. La clef de tout, c'est l'entrainement. "Qui sait sa langue sait assez de philosophie."
Sujet 1: qu'est-ce que l'amour ?
"Lorsqu'on aime, on n'aime plus personne." Marcel PROUST, Un amour de Swan. On dit souvent de quelque chose ou de quelqu'un qu'on apprécie qu'on l'aime. Ainsi j'aime - je choisis de renier les règles de dissertation classique puisque c'est ma dissertation - les macarons. Mais je les aime parce qu'ils sont sucrés, et plaisent ainsi à mes papilles, parce qu'ils sont colorés et plaisent alors à mes yeux. Les aimerais-je autant s'ils étaient, je ne sais pas, gris ? A moins que je n'aime dans les macarons que leur essence même. Mais peut-on aimer l'essence même du macaron ? Bref, tout cela nous amène à nous demander la raison. La raison de quoi ? La raison pour laquelle nous pensons aimer ceci ou cela. D'après je ne sais plus quel philosophe, il était systématiquement attiré par le même genre de fille, parce que dans son enfance il était amoureux d'une fille de ce genre. Le genre qui louche. Mais l'amour n'est pas une simple attirance ? Ce pourrait être un sentiment entièrement pur, sans trace d'aucune corruption de la chair ? Un jour, une blondasse que j'aime - j'expliquerais plus tard pourquoi je l'aime - a dit: sans sexe, pas de relation. C'est brut, froid, net, tranché, sans issue de secours. Conduit alors à une énième question: de l'amour, découle une relation. Une relation peut-elle être sans contact physique ? L'amour platonique est-il une utopie ou une réalité abordable ? Envisageable ? Ce qui continue tout de même à me titiller, c'est : comment sait-on que l'on aime ? Qu'est-ce qui prouve que l'on aime ? L'amour peut-il se prouver ? Toutes ces interrogations convergent vers une seule: qu'est-ce que cet amour, dont parlent sans discontinuer tous les genres littéraires, dont il est question dans tous les volumes des L&M ? Qu'est-ce que cette chose mystérieuse que bon nombres d'écrivains croient connaitre, et pis, être en mesure d'analyser et de raconter. Mais l'amour ne se raconte pas. Depuis quand raconte-t-on l'inracontable ? Depuis quand essaye-t-on de figer ce qui ne peut être immobile ? On ne raconte pas le mouvement, peut-on dire l'amour ?
Chers lecteurs, méditez, je reviendrai avec des réponses et surtout beaucoup d'autres questions.
"On n'aime pas ce qui est beau, on trouve beau ce qu'on aime."
Mathilde PERIER.